Bukowski CS

Investir par le crowdfunding implique-t-il de suivre la foule?

Bukowski et bien d’autres – artistes, scientifiques ou de simples inconnus – qualifient les suiveurs de « moutons ». En effet, même si nous formons un « tout » que les sciences sociales arrivent à modéliser, il est souvent mal vu de faire ou de penser « comme tout le monde ». Selon Bukowski, la foule a toujours tort et on ne peut pas lui en vouloir: l’Histoire nous a montré plus d’une fois la folie qui, parfois, s’en empare. Et même, sans parler de nos épisodes collectifs les plus sombres, les tendances – qu’il s’agisse de mode vestimentaire ou des marchés financiers – les buzzs, rumeurs et autres idées sont le résultat de l’adhésion d’un ensemble de personnes propageant des croyances les unes aux autres. Pour le meilleur et pour le pire.

Aujourd’hui, le financement participatif est apparu et la foule se mobilise pour financer des projets. Comment? A force de campagnes de communication orchestrées par les plateformes de crowdfunding et les porteurs de projet eux-mêmes.

D’ailleurs, sur la plupart des sites, on peut voir, sur les widgets des projets, des curseurs indiquant le montant déjà levé par rapport au total, et parfois le nombre de vues et de personnes qui suivent les projets. Le but de la manoeuvre est évidemment de rendre les projets attractifs en attirant la foule par la foule. Ajoutez à cela une mention sur le temps restant pour investir – histoire de générer l’urgence chez l’investisseur potentiel – et vous obtenez un clic, et éventuellement un investissement.

J’ose espérer que le processus d’investissement va au-delà des effets de la stratégie digitale de la campagne de crowdfunding et que le temps passé à l’analyse du projet sauve au final l’investisseur d’un comportement moutonnier. Encore faut-il qu’il connaisse quelques rudiments d’analyse de business plans (equity crowdfunding) et/ou de solvabilité financière (crowdlending) et que l’information délivrée par l’ensemble des documents soit complète et objective.

Mais pour en arriver là, c’est bien l’annonce des projets, sur le fond et la forme, qui amènent les membres des plateformes à aller plus loin. Il serait intéressant de connaître les motivations des épargnants.

Quels sont les véritables critères de sélection de projet de crowdfunding?

Sa finalité sociétale, sa perspective de rentabilité ou son succès relatif? Peut-être que chacun de ces critères sont pris en compte, dans des proportions qui diffèrent selon les individus.

Pourtant, si le succès généré en cours de levée de fonds est un critère important, qu’en est-il des projets qui – ne bénéficiant pas des retombées de leur stratégie digitale – gagneraient à être connus et même investis car rentables?

La foule déjà présente sur un projet de levée de fonds n’est pas gage de réussite quant à l’utilisation desdits fonds. Attention, chers épargnants, l’attraction de la foule –  de vos « pairs » – peut vous dissimuler des pépites. 

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de cet article (en anglais) de Psychology Today sur le comportement des crowdfunders, avec une mise en garde contre la propension des investisseurs à accorder plus d’attention aux titres bénéficiant d’une forte couverture médiatique, ce qui va généralement de pair avec une rentabilité faible.

Enfin, je vous invite à lire un autre de mes articles La foule, plus experte que les financiers? qui interroge sur le concept d’intelligence de la foule évoqué très régulièrement dans les médias traitant du crowdfunding.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *