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La tendance est au co-crowdfunding

Il n’a pas fallu attendre très longtemps pour que les grands investisseurs – banques, compagnies d’assurance et autres fonds d’investissement – s’emparent du financement participatif, promettant de co-investir avec les épargnants, et même parfois de sécuriser leurs investissements en crowdfunding. Petit tour d’horizon des différents partenariats entre plateformes de crowdfunding et institutions financières…

Le co-investissement sur les plateformes d’equity crowdfunding

L’alliance Allianz France avec la plateforme Smart Angels

Annoncé il y a près de 10 jours, le projet de partenariat le plus récent concerne la plateforme Smart Angels, uniquement réservé aux clients Allianz. Le plan est le suivant: lorsqu’un client Allianz investit dans un projet de crowdfunding, Allianz le suit en abondant pour le même montant dans la limite de 50.000€ par entreprise et par investisseur.

Autre point intéressant: des modalités de rachat des actions sont prévues sous certaines conditions (accident de la vie type invalidité, etc).

Ce sera le fonds Allianz Crowdfunding Fund 1, un fonds de capital-investissement financé par Allianz Vie et géré par Idinvest Partners – un actionnaire de Smart Angels – qui se chargera des investissements, grâce à une première enveloppe de 5 à 10 millions d’euros à investir dans une centaine de startups au cours de ces prochaines années.

La plateforme Sowefund et ses réseaux de business angels

Sur sa plateforme, Sowefund affiche clairement son business model: chaque projet est étudié par un réseau de business angels qui dispose de ses propres processus de sélection, déjà éprouvés maintes fois, puis co-investit avec les crowdfunders. Les réseaux de business angels sont les suivants: Val’angels, IT angels et Paris Business Angels, qu’on ne présente plus.

Investir avec des business angels me semble très intéressant. Rappelons qu’un business angel est un investisseur privé qui investit sa propre épargne dans des startups et ce, de façon régulière. Cette régularité lui confère une bonne maîtrise des pratiques du capital-investissement, tout en restant libre de ses choix, liberté qu’un investisseur professionnel ne peut se prévaloir, dans le cadre de la gestion pour compte de tiers (respect du prospectus AMF, etc).

Cependant, puisque le business angel investit à titre personnel, on peut imaginer qu’il ne va pas prendre de risques insensés. Ainsi, il dispose de toute la latitude dont il a besoin pour dénicher ces pépites qui ne cadrent pas avec le processus de due diligence d’un institutionnel, tout en limitant sa prise de risque en « bon père de famille ».

De plus, en règle général, le business angel, souvent un serial entrepreneur, ne compte pas être un associé dormant. Il participe pleinement à la vie de la startup en conseillant les entrepreneurs sur leurs stratégies et en mettant à leur disposition ses propres réseaux.

Le business model de la plateforme Sowefund me semble très à-propos car il réunit les compétences apportées par les business angels et les moyens financiers de ces derniers renforcés par une multitude de crowdfunders, une alliance parfaite pendant la phase d’amorçage d’une startup.

La plateforme FinanceUtile et le co-crowdfunding

La plateforme FinanceUtile annonce sur son site internet son soutien aux startups en co-investissant avec les particuliers, sans donner plus de détails sur les modalités de ce co-investissement (montants, types de projet, etc). A voir avec eux projet par projet.

Le co-investissement sur les plateformes de crowdlending

La plateforme Unilend et Groupama Banque

En Janvier 2015, Groupama Banque annonce sa contribution au financement des TPE et PME de son choix aux côtés des autres prêteurs d’Unilend à hauteur de 100 millions d’euros étalés sur les quatre prochaines années. Il sera intéressant de connaître les raisons qui motiveront ce choix, ainsi que le véhicule d’investissement utilisé et l’origine des fonds.

La plateforme Finsquare et H20 Participations

En Février dernier, Finsquare, une plateforme dédiée aux crédits à court terme pour les TPE-PME, annonce accueillir H20 Participations dans son capital. A cette occasion, le groupe financier lance un fonds de 150 millions d’euros géré par Turgot Asset Management qui va financer les TPE-PME de la plateforme. Le fonds sera distribué auprès des clients de CGPI, hedge funds et family offices de son réseau, en ayant recours à la transformation des créances en titres grâce au mécanisme de la titrisation. Pour l’instant, la plateforme ne précise pas quels seront les critères qui permettront à certains projets de bénéficier de ce co-financement.

La plateforme Lendix et ses partenaires institutionnels

En mars dernier, Lendix décide de s’entourer de nouveaux actionnaires, investisseurs professionnels tels que Partech Ventures, Weber Investissements, Decaux Frères Investissements, Banque Wormser Frères et Sycomore. Par la même occasion, ces nouveaux venus au capital de Lendix ainsi que ses dirigeants annoncent leur intention de prêter 25 millions d’euros aux TPE et PME dans les mêmes conditions que les prêteurs de la plateforme. Ici aussi, il sera intéressant de voir si des projets seront plus privilégies que d’autres et d’en connaître les raisons.

Mon avis sur la tendance du co-crowdfunding

Comment ne pas approuver cette tendance qui montre, pour une fois, des investisseurs institutionnels qui suivent le mouvement de la foule? Sur les marchés financiers, c’est tout le contraire: les particuliers ont généralement plusieurs trains de retard et enregistrent des moins values quand les investisseurs professionnels ont déjà placé leurs fonds ailleurs. Alors, il est intéressant de constater que dans le cadre du crowdfunding, ce mouvement s’inverse.

Mieux, on peut aisément imaginer que si les grands investisseurs s’intéressent à l’investissement en crowdfunding, c’est plutôt bon signe. A priori, ces gens-là savent ce qu’ils font puisqu’investir est leur métier. Alors investir à leurs côtés est forcément mieux que tout seul. Pas si vite…

Même s’il est évident que l’un des objectifs poursuivis par ces différentes alliances est de gagner la confiance du particulier, offrant au passage aux plateformes un bel argument commercial, rappelons-nous tout de même que les investisseurs institutionnels prennent parfois de malheureuses décisions d’investissement. La crise financière de 2008 nous l’a bien rappelé, notamment avec le montage de la titrisation.

Je me souviens également, durant mon expérience professionnelle dans la gestion d’actifs, avoir remarqué que le processus de sélection de fonds commun de placement (FCP) pour les contrats d’assurance vie multi supports n’empêchait pas les épargnants d’essuyer de sévères moins-values sur leurs contrats. Alors que ces processus de sélection – longs et laborieux, je confirme – sont vantés par les compagnies d’assurance et autres distributeurs qui n’hésitent pas à parler de « meilleure sélection de FCP du marché »!

Du côté des plateformes de crowdfunding, on entend souvent parler de « due diligence », soit un rigoureux processus de sélection de projets (mais dont aucune ne révèle les détails…). Seulement, à l’instar des compagnies d’assurance vie avec leurs FCP, ceci ne garantit en rien un retour sur investissement ni la garantie du capital, pas plus que ne le fera le co-crowdfunding.

Pour moi, la meilleure réponse à donner aux les épargnants est de s’emparer eux-mêmes des connaissances économiques et financières nécessaires à la maîtrise de leurs placements, et de ne pas laisser leurs économies à la merci de quelque décideur que ce soit.

Et comme le rappelle régulièrement l’Autorité des Marchés Financiers (AMF),

« n’investissez pas dans ce que vous ne comprenez pas parfaitement ».

4 réflexions sur “ La tendance est au co-crowdfunding ”

    1. Et encore un! Je me demandais aussi quand les institutionnels (Foncia,…) allaient s’emparer du crowdfunding immobilier. Merci pour le lien qui complète bien l’article.

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