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Le crowdfunding, et après? Succès et… échecs (2/2)

Voici la suite de l’article Le crowdfunding, et après ? Succès et… échecs (1/2) qui nous permet de se mettre à jour quant aux premiers ratés du crowdfunding. Inévitables, selon certains, surtout quand on connait les risques en matière de financement des entreprises. Seulement, les acteurs du financement participatif devront bien trouver des solutions afin de minimiser ces risques, et favoriser la confiance des épargnants, déjà échaudée par quelques crises du passé. Réflexions.

De l’utilisation des fonds post-campagne de crowdfunding

La nécessité du reporting des premiers succès (ou échecs) des projets de crowdfunding post-levée de fonds

Dans la majorité des cas, puisque la finalité d’une plateforme de crowdfunding se limite à la levée de fonds, sa mission s’arrête lorsque le projet a été entièrement financé et les modalités juridiques accomplies (création de holding, etc). Par la suite, aucun contrôle de l’utilisation des fonds n’est prévu.

A l’avenir, j’imagine aisément une évolution de ce dernier point vers un encadrement par les autorités de régulation, car si les pouvoirs publics souhaitent réellement développer la pratique du financement participatif en France, ils auront avant tout besoin de la confiance des épargnants.

Alors qu’aucune obligation de reporting post-levée de fonds n’est prévue, deux plateformes de crowdequity, Wiseed et Anaxago, ont déclaré s’y adonner, à l’occasion de la dernière Fête du Crowdfunding lors d’un atelier sur la gouvernance auquel j’ai participé. Selon les dirigeants présents, cela permet de garder un lien avec les contributeurs qui naturellement s’interrogent sur l’utilisation des fonds, et bien sûr de les fidéliser.

D’autres plateformes, comme Lendosphere, qui propose des prêts pour financer des projets liés au développement durable, ne pratiquent le reporting que si l’entrepeneur émet le désir de communiquer avec ses prêteurs.

Que se passe-t-il en cas d’échec d’un projet de crowdfunding après la levée de fonds ?

Sans surprise, nous ne disposons que de peu d’informations sur les ratés du financement participatif. On imagine difficilement les plateformes communiquer à ce sujet, à moins qu’elles y soient obligées.

Mais puisque les contributeurs aux projets sont nombreux – c’est l’idée même du crowdfunding ! – il n’est pas difficile pour eux de générer des communautés, notamment sur le forum Hardware et celui de Crowdlending.fr, qui peuvent ternir l’image de la plateforme. C’est effectivement le cas envers Unilend et nous allons voir pourquoi.

Ainsi, la communication est primordiale autant pour la plateforme que pour l’ensemble des épargnants. Rappelons-le, l’éco-système du crowdfunding a besoin de leur confiance.

Smok-it : le premier raté du crowdfunding en France

Fondée en 2007, Smok-it est une marque de cigarette électronique qui, en septembre 2014, a fait appel au crowdlending via la plateforme Unilend afin de développer sa production en vue d’attaquer le marché des grandes surfaces. 329 prêteurs sont venus financer le projet, en prêtant à un taux d’intérêt de 9,6% sur une durée de 36 mois.

Souhaitant donc développer la canal de la grande distribution, Smok-it avait signé des contrats avec Auchan, Carrefour et Casino et devait donc faire face à l’augmentation de sa production. Afin de rembourser ses prêteurs, Smok-it comptait sur la croissance de la taille du marché des fumeurs de e-cigarettes qui devait lui assurer une augmentation de son chiffre d’affaires, dopé par lesdits contrats de distribution en grande surface.

En décembre 2014, la société Smok-it, alors en redressement judiciaire a offert, malgré elle, le premier défaut de paiement de l’histoire du crowdfunding en France, soit 3 mois après avoir levé 75.000€ avec le concours d’Unilend. La première mensualité avait même été versée avec retard. Aujourd’hui, Smok-it est en liquidation judiciaire. La raison : un des distributeurs pré-cité aurait renvoyé un important stock de produits de nicotine qui peinaient à la vente.

Toutefois, parmi ses prêteurs qui s’interrogent sur blogs et forums, le mystère demeure : comment une société auparavant bénéficiaire a-t-elle pu se dégrader aussi rapidement après avoir reçu la somme de 75.000€ ?

De même, trois autres sociétés, ayant eu recours à Unilend pour leur financement en crowdlending, sont concernées par des retards de paiement, voire des procédures de redressement judiciaire : Shala, Bio Froid, Spokes’n Motion et d’autres.

Vision du Ciel Industries – un temps sur la plateforme Sowefund au printemps dernier pour une levée de fonds en equity crowdfunding mais retirée avant terme – s’est retrouvée en liquidation judiciaire, laissant ses prêteurs d’Unilend impayés. La démarche de cette société, passant d’une plateforme de crowdfunding à une autre, mettant en péril les remboursement des prêteurs de la première, laisse songeur.

Sans confiance, aucune forme d’investissement n’est possible

Je ne peux m’empêcher de revenir encore sur la notion de confiance à gagner auprès des épargnants, dans la mesure où les acteurs du crowdfunding voudraient prospérer sur le long terme. S’il est évident qu’un bon suivi de la clientèle des prêteurs dans un contexte de défaut de paiement est essentiel, c’est lors de la sélection des dossiers et ensuite, lors de leur présentation aux prêteurs, que la plateforme a un rôle crucial à jouer.

Or, d’une manière générale, et ce sur un certain nombre de plateformes de crowdlending, le pitch du projet est plutôt sommaire. Quant à la présentation des comptes financiers, il faut savoir que les bilans et comptes de résultat seuls ne suffisent pas pour apprécier la santé financière d’une entreprise eu égard à sa stratégie de développement. Parlant de stratégie, certains projets semblent avoir uniquement pour finalité le reflouement de trésorerie, maquillé en plan d’investissement.

Afin d’éviter que ces incidents se généralisent, les plateformes devraient redoubler de vigilance lors de leur processus de due diligence. Aussi, l’information financière et stratégique gagnerait à être plus complète et plus pertinente pour une aide objective à la décision ; ce qui est certain en matière de crowdlending car en equity crowdfunding, la présentation générale de l’entreprise et de son projet est souvent bien mieux documentée. Ceci s’explique par le fait que l’investissement au capital d’une startup étant considéré comme plus risqué.

Côté épargnants, gardez bien à l’esprit que toutes les plateformes de crowdfunding gagnent leur vie à partir la commission générée lors de chaque transaction investisseurs-entreprises financées. C’est donc bien sur le volume qu’elles génèrent du chiffre d’affaires. Ainsi, plus elles ont de projets à proposer, plus elles ont de chances de générer du profit. Pourtant, ce sont bien elles qui sélectionnent « avec rigueur » lesdits projets…

On le sait, l’Histoire nous l’a appris, il est difficile d’être juge et partie.

Photo: Alex Prager

9 réflexions sur “ Le crowdfunding, et après? Succès et… échecs (2/2) ”

  1. « car en equity crowdfunding, la présentation générale de l’entreprise et de son projet est souvent bien mieux documentée »
    et
    « Ainsi, plus elles ont de projets à proposer, plus elles ont de chances de générer du profit.  »
    C’est pourquoi on observe que les montants en equity crowdfunding sont sensiblement supérieurs a ceux en crowdlending.

  2. Apparemment, entre le moment où Smoke-it est passé par la phase de due-diligence et le lancement de la collecte, il s’est écoulé pas mal de temps.
    Conclusion: la situation de l’entreprise avait grandement changé mais l’offre d’emprunt était basée sur le contexte antérieur.
    Ça fait beaucoup pour le seul Unilend en tout cas…

    1. Il semblerait qu’Unilend ait misé sur une croissance forte en terme de volume d’affaires. Plus de projets = plus de levées de fonds = plus de commissions. Maintenant, on va voir comment les défauts de paiement impactent cette belle équation…
      Enfin si Unilend ne savait pas à quel point la situation financière de l’entreprise avait changé, les dirigeants de Smok-it le savaient assurément. On pourrait imaginer une action en responsabilité de la part des prêteurs. En règle générale, les autorités de régulation ne rigolent pas avec la notion de transparence de l’information financière…

  3. C’est dans ce sens que certaines plateformes de crowdlending comme Finsquare viennent de mettre en place une assurance pour pallier en partie les défauts de paiements bien qu’en soit la plus grande assurance reste et restera toujours la sélection des projets. Selon moi, le piège pour une plateforme de prêt serait de raisonner bénéfices et oublier l’expérience utilisateur !

    1. Vous avez entièrement raison: l’assurance de Finsquare répond effectivement à un besoin du prêteur de maîtriser davantage les risques du crowdlending. Mais le plus important est bien sûr la sélection de projets. Ceci dit, j’imagine que l’assureur de Finsquare a posé des critères strictes en la matière car quand il faudra assurer les défauts de paiement, ces messieurs vont se jeter sur les analyses de solvabilité qui auront été faites en amont.
      Merci pour votre contribution 🙂

  4. J’ai eu aussi un petit raté avec Unilend. Une agence de voyages locale qui s’est effondrée à cause des attentats en Tunisie cet été. Elle a remboursé le premier mois, puis a été mise en redressement puis liquidation judiciaire. Heureusement, c’est un projet dans lequel je n’avais mis que 20€, histoire de diversifier, mais c’est une sacrée piqûre de rappel. Je ne m’attendais pas à ce qu’un tel incident puisse se produire seulement un mois et demi après la levée de fonds.
    Après, je ne sais pas si Unilend est moins bon élève que les autres. C’est vrai que, jusqu’à récemment, ils proposaient beaucoup de projets, et ça semble s’être calmé. Peut-être ont-ils pris conscience d’avoir été un peu trop gourmands ?
    Je suis aussi sur Finsquare, et leur assurance est arrivée peu de temps après ce problème sur Unilend. Inutile de préciser que j’ai trouvé ça fort bien venu 😉

    1. On dit beaucoup de choses sur Unilend, mais les attentats en Tunisie, ça ils ne pouvaient pas prévoir.
      Bref, comme vous dites, heureusement que vous n’avez placé que 20€.
      Merci pour vos commentaires 🙂

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