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Le crowdfunding pour sauver des entreprises en difficulté

En France, le nombre de faillites d’entreprises a atteint un record de 18.000 au cours du premier trimestre 2015, menaçant près de 66.000 emplois. Afin d’éviter la faillite, et alors que les financeurs traditionnels tels que les banques leur tournent le dos, certaines entreprises ont recours à la générosité de donateurs/actionnaires en lançant des campagnes de crowdfunding. Je vous propose de découvrir ce nouveau mouvement, ses possibilités et ses limites.

Le sauvetage des entreprises par le crowdfunding: état des lieux

Ces dernières années, deux entreprises en difficulté ont particulièrement attiré l’attention des médias : la Biscuiterie Jeanette et Lejaby. La première, après qu’un repreneur se soit manifesté, a eu recours à la plateforme de crowdfunding Bulbintown afin de lever plus de 150.000€ en mars 2015. Manque plus que 400.000€ pour couvrir l’ensemble des besoins financiers. La Buiscuiterie, dotée de nouveaux locaux dans la région de Caen, devrait rédemarrer sa production dés septembre prochain et embaucher de nouveaux salariés.

Même s’il est encore trop tôt pour mesurer le succès de la reprise et de la levée de fonds de la Biscuiterie Jeanette, elle semble en tous les cas dans une meilleure posture que la coopérative des Atelières, constituée des ex-couturières du fabricant de sous-vêtements haut de gamme Lejaby.

Se passant du recours à une plateforme de crowdfunding, la coopérative des Atelières a réussi à collecter 85.000€ en 2012 à travers son propre site internet. Subventions et prêts sont ensuite venus combler les besoins financiers… pour un temps, puisqu’en février 2015, la coopérative s’est déclarée en cessation de paiement. Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer son échec : la chute libre du rouble sur le front russe, la concurrence de la sous-traitance tunisienne et portugaise ainsi qu’un lancement tardif de l’e-boutique en décembre 2014. Trop tard pour bénéficier des achats de Noel. Ensuite, la St Valentin aura été gachée par les attentats du 7 Janvier 2015.

Enfin, plus récemment, sous l’impulsion de Brice Fogliami, une campagne de crowdfunding en partenariat avec la plateforme Letitseed se préparerait afin de sauver le magazine gay Têtu en redressement judiciaire depuis le 1er juin dernier. Dotée du statut PSI (Prestataire de Services d’Investissement) qui lui permet d’effectuer des levées de fonds de plus d’un million d’euros, Letitseed est une plateforme d’investissement participatif au capital de PME. Les futurs contributeurs de Têtu seront donc aussi des actionnaires.

Qui sont les contributeurs de ces entreprises en difficulté ?

En matière de crowdfunding, ces entreprises puisent évidemment le gros des contributions/investissements dans ce qu’on appelle le « love money » constitué des principaux intéressés, les salariés, les amis et la famille. Le deuxième cercle de communautés – les personnes vivant aux alentours et dans la région ainsi que les clients attachés à la marque – est facilement mobilisable via les médias notamment. Dans ces opérations de crowdfunding, il semble donc que les contributeurs/actionnaires soutiennent les projets principalement par affinités, et se situent moins dans une démarche d’épargne qu’un investisseur pur.

Pourtant, lorsque la Biscuiterie Jeanette ouvre son capital pour accueillir des actionnaires via une opération d’equity crowdfunding, il s’agit bien pour ces derniers d’un véritable investissement. Or, selon le baromètre du crowdfunding en France, les montants collectés en equity crowdfunding sont plus importants que pour le don (sans contrepartie) : plus de 4000€ par actionnaire contre seulement 62€ par donateur. Bien que j’ignore quel est le montant moyen d’investissement des crowdfunders au capital de la Biscuterie.

Quelle démarche d’investissement pour une entreprise en difficulté ?

Pour analyser au mieux ce genre d’opération, l’investisseur en crowdfunding devra tout simplement se mettre à la place du repreneur, qui lui juge de la pertinence de l’opération de reprise en répondant, entre autres, aux questions suivantes :

  • Comment l’entreprise s’est retrouvée face à ses difficultés ? Ses dirigeants doivent pouvoir expliquer les raisons d’un échec et ce, de façon objective. Pas facile car cela implique de se remettre en question. Trop souvent, les accusations sont portées vers l’extérieur de l’organisation.
  • Quelles sont les solutions envisagées ? Sont-elles réalistes ? Et pour quel coût ? La diminution du chiffre d’affaires implique une mauvaise appréhension du marché et que, par conséquent, des ajustements sont à prévoir (lancement d’un nouveau produit, changement de cap au niveau de la distribution et du marketing, dépenses de recherche et développement, etc).
  • Enfin, en cas d’obsolescence avérée face à un marché en forte mutation (comme feu le Minitel et autres magnétoscopes), le jeu en vaut-il la chandelle ? Lever des fonds dans ces conditions revient à poser un pansement sur une jambe coupée. La seule perspective de sauver des emplois ne suffit malheureusement pas. Une campagne de crowdfunding ne peut donc représenter une solution à long terme. Les emplois seront de toute façon perdus après épuisement des fonds, comme pour la coopérative des Ateliers.

Dans une économie capitaliste, le marché a toujours le dernier mot, c’est lui qui dicte sa vérité. Et la sentence est impitoyable pour les entreprises sous perfusion financière qui n’ont pas réussi à s’adapter au marché.

Dans le cas de Têtu, qui depuis son lancement en 1995 n’a jamais gagné d’argent, les ventes du journal ont fortement chuté ainsi que les recettes publicitaires. Dans le même temps, le magazine Yagg, un autre média LGBT, avoue également connaître des difficultés. Selon certains observateurs, la désaffection des abonnés s’expliquerait par les dernières avancées sociétales telles que le mariage pour tous. Les lecteurs éprouveraient donc moins le besoin de se rapprocher d’une structure qui représenterait leur communauté.

Quelles réponses Têtu va apporter dans ce contexte ? Nul doute que l’éventuel repreneur saura les évaluer. Maintenant, les futurs actionnaires doivent avoir conscience de ce qui les motive à investir, sachant que l’affect n’a jamais été bonne conseillère en la matière et que dans les opérations de reprise d’entreprises – crowdfunding ou pas – le risque de perte en capital est très élevé. Une solution afin de maitriser ce risque – en plus d’analyser le plan de redressement, serait de bien adapter le montant à investir en fonction de son patrimoine.

Une fois ces précautions prises, ne pas hésiter à sauver ce qui doit l’être.

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