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Les risques du crowdfunding: le risque de liquidité

Le risque de liquidité désigne la difficulté à liquider, c’est-à-dire, vendre ses placements. La liquidité d’un placement peut être variable selon la nature de celui-ci, et selon la nature de son marché. Ici, nous comparons la liquidité de différents placements par rapport aux placements relevant du financement participatif afin de vous donner une idée de leur risque de liquidité et de leur corollaire, le risque de perte en capital.

La liquidité des livrets bancaires

Un livret bancaire est parfaitement liquide puisque les sommes placées sont disponibles à tout moment, votre compte courant encore davantage. A moins d’une faillite de votre banque – ce qui est peu probable vu les mécanismes de protection renforcées depuis la crise financière de 2008-2009, bien que le risque zéro n’existe pas – le risque de perte en capital est minime.

La liquidité des marchés financiers: marchés actions et marchés obligataires

Sur les marchés obligataires, vous achetez des obligations dont les durations (durée de l’obligation) sont variables et pendant lesquelles vous percevez des intérêts jusque remboursement du capital à échéance. Mais peu importe cette duration, vous n’êtes pas supposés être « collés » jusqu’à l’échéance. Rien ne vous empêche de vendre cette obligation, si vous pensez que le moment est opportun ou si vous avez besoin de liquidité. Ainsi, en fonction de la qualité de l’émetteur (sa note) et du taux d’intérêt proposé par rapport à ceux du marché, vous allez pouvoir négocier avec un acheteur, et obtenir éventuellement une plus-value.

Sur les marchés actions, c’est à peu près le même principe. Vous achetez des actions d’une société cotée en bourse et pouvez les revendre dans la journée à condition de trouver un acheteur au prix souhaité.

Ainsi, le scénario idéal se produit lorsque vous vendez votre action ou votre obligation en ayant effectué une plus-value. Maintenant, que se passe-t-il lorsque les marchés sont bloqués? Comme lors de la dernière crise financière 2008-2009? Vous avez certainement entendu parler de ces termes:

Crise de la dette et crise de la liquidité

A cette époque, le mouvement était fortement vendeur, donc baissier. Même les obligations émises par des sociétés parfaitement solvables ne trouvaient preneurs. Et même les actions de grandes sociétés avaient chuté au point que la valeur cotée était en deçà de la valeur de leur patrimoine immobilier, donc bien en deçà de leur valeur comptable. C’était une situation totalement irrationnelle.

En résumé, si vous n’avez pas d’acheteur en face, votre placement, en dépit de ses qualités, est totalement illiquide. Et si vous souhaitez absolument le vendre (parce que vous divorcez, par exemple), il vous faudra le brader jusqu’à trouver un acheteur et donc subir une grosse perte en capital.

La liquidité des placements en crowdfunding

Le risque de liquidité en equity crowdfunding

Dans le cadre du financement participatif et plus généralement en private equity, vous êtes sur un marché de gré à gré, sans cotations et sans interface qui vous permettrait de trouver un acheteur.

De plus, lorsque vous investissez dans le capital d’une startup, vous financez généralement un projet précis qui se dénouera au terme de son développement, c’est-à-dire lors des premières retombées commerciales qui donneront une meilleure idée de la valeur de la société et la rendront bien plus attractive pour de nouveaux investisseurs.

Ainsi, le risque de liquidité et donc de perte en capital diminue en cas de succès. Avant cela, l’incertitude quant la réussite du projet de l’entreprise rend ses actions très peu liquides, et leur valeur difficilement estimable. Pendant toute la durée de détention, vous avez peu de chances de trouver un acheteur.

Sans compter que si vous avez opté pour une défiscalisation IR ou ISF, vous devriez rembourser au fisc les réductions d’impôts obtenues. D’où la nécessité de n’investir qu’une petite fraction de votre patrimoine, une somme d’argent dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin, en cas de coup dur.

Le risque de liquidité en crowdlending

Ce même raisonnement est valable dans le crowdlending, lors du financement de prêts émis par des PME. En revanche, la durée de détention est généralement bien plus courte qu’en equity crowdfunding, et s’étale entre 1 et 3 ans, bien que la régulation AMF autorise des durées de prêt jusqu’à 7 ans.

Donc même chose, si vous voulez céder votre prêt, il vous faudra trouver un acquéreur alors qu’il n’existe pas de marché organisé – comme la Bourse – dans ce domaine (contactez votre plateforme, on ne sait jamais). Et alors que n’importe qui aujourd’hui peut prêter à une PME via une des nombreuses plateformes de crowdlending sans avoir besoin de se tourner vers un marché secondaire.

A moins d’avoir initialement prêté à un taux défiant toute concurrence, et à moins de trouver un financeur intéressé par la durée restante à courir, cela me parait vraiment difficile de vous dire que votre placement en crowdlending est liquide, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Et puis d’abord, pourquoi vous sépareriez-vous d’un tel placement? Si ce n’est pour faire face à un coup dur qui mobiliserait une grande partie de vos ressources.

Alors, j’insiste, encore une fois, sur le meilleur conseil que je puisse vous donner en matière d’investissement en crowdfunding (mais c’est valable pour tous type d’investissement), n’investissez qu’une faible partie de votre patrimoine et gardez suffisamment de liquidités sur vos livrets bancaires afin de faire face aux imprévus.

Dans cette série consacrée aux risques du crowdfunding, j’ai déjà abordé abordé le risque de perte en capital, ainsi que les moyens de le prévenir. Il nous reste encore à voir le risque de dilution, ainsi que le cas particulier des risques du crowdfunding immobilier.

Image: Andrey Pavlov