Rachetons l'aéroport de Nice avec le crowdfunding

Une campagne de crowdfunding pour racheter l’aéroport de Nice

Outre l’information aux épargnants, ce blog se veut aussi le relais de tous projets de crowdfunding d’envergure susceptibles d’impacter la vie citoyenne à long terme. Ces derniers mois, celle-ci se mobilise en région PACA dans le cadre de la privatisation de l’aéroport de Nice Côte d’Azur… jusqu’à l’organisation d’une opération de rachat via le financement participatif.

C’est par la voix de Brice Fogliami et d’Isabelle Chancel que cette mobilisation citoyenne est en train de prendre forme avec la création d’une association loi 1901, l’ADPAF (Association de Défense et Protection des Aéroports Français) qui portera le projet de rachat de l’aéroport de Nice en partenariat avec une plateforme de crowdfunding. Déjà, en février 2015, le député-maire de Nice, Christian Estrosi, avait récolté plus de 35.000 « non à la privatisation » auprès des Niçois ayant participé à la consultation populaire organisée par la mairie.

De la mobilisation citoyenne à la campagne de financement participatif

Cette mobilisation a pris de l’ampleur suite aux discussions qui ont précédé l’adoption définitive de la loi Macron en juillet 2015. En effet, celle-ci prévoit la privatisation de la société gérant l’aéroport de Nice dans laquelle l’Etat détient 60% (l’aéroport de Lyon est également concerné). La cession de ces parts inquiète les Niçois, qui ne veulent pas voir un bien public dont ils sont fiers, partir entre les mains d’un groupe étranger plus sensible à la finalité économique d’une telle opération de rachat qu’aux enjeux locaux.

Dans cet esprit, Brice Fogliami déclare :

« Ces citoyens qui ont financé l’aéroport de Nice, directement ou indirectement, par l’impôt pendant des années ne vont pas comprendre qu’on leur refuse l’opportunité de participer à son rachat. »

Concrètement, les contributeurs intéressés peuvent soumettre leurs intentions d’investissement via un questionnaire et bien sûr signer la pétition en ligne. Bien sûr, ceci est sans engagement. Cependant, une vaste mobilisation va permettre d’aller plus loin en organisant une véritable campagne sur une plateforme d’equity crowdfunding. Si la levée de fonds est menée avec succès, une holding actionnaire de l’aéroport sera créée afin de gérer les participations des nouveaux investisseurs. L’association se donne pour objectif de collecter 50 millions d’euros. Une plateforme agréée PSI (Prestataire de Service d’investissement) sera donc nécessaire pour une telle levée de fonds.

Plus d’infos sur le site Rachetons l’Aéroport de Nice.

L’aéroport de Nice suscite déjà bien des convoitises

Ces dernières semaines, plusieurs repreneurs auraient manifesté leur intérêt au rachat de l’aéroport de Nice. Sa valeur étant estimée à plus de 2 milliards d’euros, l’Etat français peut se réjouir du nombre d’intéressés qui devraient vraisemblablement former un consortium.

Lorgnant déjà sur un aéroport londonien, le groupe allemand Allianz aurait également des vues sur celui de Nice, tout comme d’autres habitués de ce genre d’opération tels que Industry Funds Management (actionnaire minoritaire des aéroports de Vienne et de Manchester), les groupes Espagnols ENAIRE (Aéroports de Barcelone et Madrid) et Ferrovial (Aéroports anglais et écossais), l’italien Atlantia (Aéroport de Rome), CPP (un fonds de pension canadien), le groupe Malaysia Airport ainsi que quelques fonds souverains asiatiques.

En France, la société ADP (Aéroports de Paris) serait également intéressée, ainsi que la CDC (Caisse des Dépôts), Vinci et Predica (Filiale assurance du Crédit Agricole).

Après l’aéroport de Toulouse, la plateforme d’equity crowdfunding Wiseed se tient également prête pour Nice

Wiseed avait déjà mené une campagne de crowdfunding en vue d’acquérir une partie du capital de l’aéroport Toulouse-Blagnac, avec succès puisqu’elle avait réuni 10.000 intentions d’investissement pour un montant total de 20 millions d’euros. Son fondateur, Thierry Merquiol, avait finalement renoncé, arguant qu’avec une si faible part, il ne pouvait préserver les intérêts des actionnaires face au consortium chinois Symbiose.

Sur la page dédiée à l’opération, il conclue en se projetant vers l’avenir assurant ses contributeurs de la possibilité de nouvelles campagnes en vue de racheter d’autres aéroports français. Dans la presse locale, il affirme attendre le feu vert de Christian Estrosi.

Alors comment sera composé l’actionnariat de l’aéroport de Nice ? Quelle sera la place des citoyens investisseurs ?

Une chose est sûre : pour que ces derniers puissent influer sur la gouvernance, la holding qui les représentera devra acquérir le plus d’actions possible. Or, avec un agrément CIP (Conseiller en Investissement Participatif), Wiseed ne peut lever de montant supérieur à un million d’euros.

Verra-t-on alors plusieurs plateformes d’equity crowdfunding collaborant ensemble et mener campagne pour le rachat de l’aéroport de Nice ?

2 réflexions sur “ Une campagne de crowdfunding pour racheter l’aéroport de Nice ”

  1. Je me souviens de la campagne de Wiseed pour l’aéroport de Toulouse, elle avait déchaîné les passions. Les investisseurs potentiels qui venaient débattre étaient assez différents de ceux qu’on voyait habituellement sur la plateforme.
    Typiquement, on a des gens qui espèrent faire une plus-value, et des gens, un peu mécènes, qui veulent soutenir des projets écologiques ou de santé. La plupart (dans laquelle je me reconnais), cherchant les deux.
    Pour l’aéroport de Toulouse, est apparue la classe de ceux qui veulent « sauver à tout prix notre patrimoine qu’on brade », prêts à rentrer sans rien attendre en retour, juste histoire que l’aéroport ne tombe pas au mains des « méchants chinois », un peu comme si ceux-ci cherchaient à l’acheter pour le couler… Personnellement, j’étais intéressé par l’affaire parce que justement ces investisseurs chinois semblaient ambitieux pour l’aéroport et son développement.
    En tous cas, c’est un révélateur intéressant de la relation des gens à l’investissement et au patrimoine, et de leurs craintes, il y aurait des études intéressantes à mener là-dessus. Je vais regarder ce que ça donne pour l’aéroport de Nice. 50 millions d’euros, ça me semble quand même très ambitieux, mais ça fera une pub de plus pour le crowdfunding en général.

    1. Merci pour le partage.
      Vos observations montrent bien la puissance de l’affect dans le crowdfunding, même lorsqu’il s’agit d’investissement. Or il vaudrait mieux que la prise de décision en la matière soit effectuée de façon rationnelle. Et le patriotisme n’est pas un critère de décision rationnel. Je ne dis pas que c’est mauvais, simplement il faut en avoir conscience pendant le processus et donc investir une somme minime par rapport au patrimoine global, comme lorsqu’il s’agit d’un don.
      Pour sûr, il y aura des études sur le comportement des foules, il y a même une discipline « la finance comportementale » et j’ai hâte de voir comme elle va modéliser et expliquer les différents modèles comportementaux et biais cognitifs.
      Bonne journée à vous 🙂

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